Le 9 juillet au matin,
Frederic, Quentin et Juliette enfourchent leur velo en direction de la frontiere du Canada situee a une quinzaine de kilometres.Je les suis de pres dans la voiture, avec Mailys et Colombe. On se dit qu'une partie de la troupe a velo, ca devrait aider pour passer la douane plus facilement. Et on ne se trompe pas.
Au poste frontiere de Piegan situe en pleine campagne et ou il n'y a pas grand monde, les douaniers ont la gentillesse de ne pas ouvrir le coffre : s'il fallait vider tout son contenu, ca prendrait un certain temps !
Mais il nous faut quand meme faire des demarches et verser 300 dollars pour avoir le droit d'introduire la voiture qui sera revendue sur le territoire.
A peine les passeports rendus tamponnes, nous avancons un peu et rangeons les velos dans la voiture. Notre but est de rejoindre assez rapidement Calgary puis les montagnes. La radio canadienne que l'on allume annonce : au Canada, il y a 2 saisons : le mois de juillet et l'hiver ! Nous tombons bien, et esperons que juillet sera chaud, marre de la pluie !
Nous sommes dans l'etat de l'Alberta. Arret a la premiere ville pour tirer des dollars canadiens et faire un tour a la laverie. Nous ne sommes qu'avec des indiens, et certains n'ont pas l'air bien dans leur assiette. Nous ne pouvons nous mettre tout nu pour laver tout notre linge, pourtant, c'est bien ce qu'il faudrait faire !
Nous roulons plein nord vers Calgary et nous retrouvons rapidement dans les plaines tres plates ! On n'avait pas vu ce paysage depuis tres longtemps !
En fin de journee,
nous decidons de ne pas attendre pour rencontrer des canadiens, et frappons a la porte d'un petit ranch en bord de route. Un monsieur de plus de 70 ans nous ouvre la porte et nous autorise a
planter nos tentes. Alors que nous nous installons dans le jardin, il vient nous voir et nous dit qu'il est gene de nous laisser dormir dehors par ce temps si froid. On a deja eu bien plus froid
que ca et on est equipe en bons sacs de couchage ! Il continue a dire qu'il ne peut pas nous laisser dormir la, et que lui et sa femme veulent nous payer le motel situe juste en face de la grand
route. On a beau lui confirmer qu'on sera tres bien dans son jardin, il insiste tellement qu'on ne peut plus dire non !On reve alors au bon lit et a la douche chaude qui nous attend ! On range donc nos tentes puis allons avec Richard chercher ses 2 chevaux au pre pour les ramener a l'ecurie. Pendant ce temps, sa femme Florence nous prepare un gateau typiquement canadien extra pour les mamans pressees et les enfants gourmands. Les personnes qui mangent light peuvent passer au paragraphe suivant directement !
Gateau aux Rice crispies et aux chamallows :
Faire fondre 50 ml de margarine ou beurre a feu doux dans une grande casserole.
Ajouter 250 g de guimauves ordinaires (marshmallows )
Remuer jusqu'a ce qu'elles soient fondues et homogenes.
Retirer du feu.
Ajouter 2 ml d'extrait de vanille (facultatif) .
Ajouter 1,5 litre ou 6 tasses de cereales Rice Krispies en remuant pour bien les enrober.
A l'aide d'une spatule legerement beurree, etaler et presser les cereales dans un moule beurre de taille suffisante.
Laisser refroidir, pas de cuisson.
Couper en carres.
Goutez !
On cuisine et mange au chaud dans la maison de nos hotes. Ils sont vraiment charmants. Ils ont 77 ans et sont maries depuis ...7 ans ! Ils ont chacun leurs enfants et petits-enfants, etaient veufs, et ont choisi de se remarier ! Ils ont l'air bien heureux ! On se regale au dessert d'enormes fraises et du gateau aux chamallows. Florence voit bien que Juliette en reprend 2 fois, et elle nous met le reste du gateau dans un sac pour l'emporter.
Il est bien tard quand nous rejoignons l'hotel flambant neuf juste en face, et installons vite la troupe. Il n'y a que 4 places et certains testent la douceur de la moquette plutot que les doux draps blancs...
Le lendemain matin, tout le monde passe a la douche, c'est toujours apprecie. Colombe est dans mes bras afin que je lui rince la tete sous la pomme de douche accrochee au mur. Mais celle-ci se debat, pousse contre le mur avec ses pieds. Je suis desequilibree, je n'ai rien pour me retenir, et je tombe a la renverse sur le sol, Colombe toujours dans mes bras. Je me receptionne sur le coude et m'entaille la peau. Un moment de panique suit, car avec le sang liquifie que j'ai toujours grace a mon traitement, je ne dois ni me couper, ni me cogner. C'est rate. Je m'allonge donc une serviette pressee contre la plaie, et tout rentre vite dans l'ordre. Fred me fait un pansement au steristrip pour faire une belle cicatrice, et voila.
On avait fait une petite priere pour que tout se passe bien au Canada, on avait eu notre compte de soucis, ca commence bien !
Apres un bon petit dej offert par l'hotel, on va en ville acheter une bonne boite de chocolats et on retourne chez Florence et Richard pour leur offrir. Je porte un pull pour ne pas montrer mon beau pansement, pas la peine !
Nous reprenons la route, toujours tout droit. Les panneaux sont ecrits en francais et en anglais. Dans les parcs, les enfants apprecieront de pouvoir lire et comprendre les panneaux d'information sur les animaux entre autres.
Dans la matinee, nous
arrivons a Calgary ou la fete bat son plein : c'est en ce mement et pour 10 jours le grand Stampede, la plus grande fete de rodeo du pays qui a lieu chaque annee. Cela se passe dans le stade,
avec courses de chars et costumes a paillettes. En preparant le voyage, on avait prevu d'y aller, mais le prix des billets d'entree et la foule nous ont fait reculer. On a eu notre petit rodeo
local au Montana, et ce souvenir nous satisfait pleinement.Nous nous contentons donc d'arpenter les rues de la ville, ou a cette epoque, toute la population est habillee en cow-boys et cow-girls. Les restos ont mis des ballots de paille devant les terrasses, nous sommes au moins dans l'ambiance !
En fin de journee, nous quittons la ville, reprenons la route vers l'ouest en direction des Rocheuses. Nous demandons a planter la tente chez Claudia qui habite une magnifique maison en bois, mais elle nous repond : would you like to sleep in a tippee ? (aimeriez vous dormir dans un tipi ? )
Tout le monde bondit.
On ne l'a pas vu, en contrebas derriere la maison, qui domine la riviere. Claudia nous y emmene, et bien sur nous sommes emballes de dormir dedans, c'est la fete !Le paysage s'accorde tout a fait au tippi : la riviere, la foret... il ne manque que les indiens... (photos a la fin de l'album du Montana )
Claudia nous prete sa cuisine pour preparer le repas, faire la vaisselle, c'est un peu de confort que nous apprecions toujours. Avec un seul rechaud, difficile de faire des prouesses culinaires pour 6, et les repas sont toujours longs a preparer. Pour la vaisselle, il n'y a jamais d'evier dans les campings des parcs aux USA. Juste un robinet au bout d'un tuyau situe a 40 cm du sol, au mieux au dessus d'une plaque de ciment, sinon au dessus de la boue. Pas tres fun...
Apres une bonne nuit dans le tippi, nous poursuivons notre route. Ile est prevu de ne ressortir les velos qu'une fois dans le parc de Banff. Mais les paysages sont jolis et la route facile, Fred decide donc de sortir les petites reines plus tot que prevu. Quentin et Juliette sont plonges dans leur travail scolaire et n'ont pas envie de pedaler la, "ce n'etait pas prevu". Malgre tous ces mois de voyage, nos chers petits ne s'adaptent pas toujours aux changements de programme !
Quelques jours avant, on avait ete heureux de leur annoncer que les grandes vacances, ce serait dans les parcs de Banff et Jasper, quand ils pedaleraient, et pendant le sejour chez nos amis d'Ottawa au mois d'aout. La mine boudeuse, Juliette avait repondu " c'est pas des vacances si on pedale..." elle a de la logique : les vacances, c'est pour faire autre choses que ce que l'on fait d'habitude !
Quand on a reussi a
mettre les 2 grands sur leur velo, ce qui n'a pas ete une mince affaire, on s'enfile doucement dans les vallees entre les montagnes qui se rapprochent. Les sourires reviennent vite, les enfants
sont heureux de prendre l'air ! Quand j'approche en voiture les cyclistes, Juliette me fait toujours un signe de la main sans avoir besoin de se retourner : notre camion fait un tel boucan
qu'on reconnait son bruit de moteur entre 1000 ! Pause pique-nique au bord d'un petit plan d'eau, Fred sort la canne a peche, mais toujours rien au bout de la ligne, c'est desesperant !
Avant d'entrer dans le parc, je fais le plein
alimentaire et le plein d'essence, il n'y a plus rien ou presque comme point d'achat jusqu'a Jasper, a 290 kilometres au nord de la. Bonne surprise au supermarche : contrairement aux USA, je
trouve du vrai beurre, de la vraie baguette (de supermarche mais c'est deja ca !), des petits suisses, des cerises enormes et delicieuses, et d'autres petites choses qui font faire un peu
varier nos menus dont on se lasse parfois !Au camping, il y a un abri a moitie ferme avec poele ou l'on peut s'abriter et se rechauffer s'il pleut. Et un evier ! Mais le luxe a un prix, les campings sont encore plus chers qu'aux USA, et il faut ajouter 9 dollars si on souhaite faire du feu et utiliser le bois mis a disposition.
Nous voila donc dans le parc de Banff, cree en 1885. Ses paysages sont faits de montagnes, de rivieres, de cascades, de glaciers, de forets peuplees d'animaux sauvages.
Au rythme des cyclistes, nous allons prendre le temps de le decouvrir.
Nous devons y retrouver une famille de Montreal dont on a fait connaissance grace a notre blog. Ils nous ont d'abord invite a venir chez eux a la fin de notre voyage, puis nous ont dit qu'ils allaient aussi pedaler a travers le Canada cet ete.La difference avec nous, c'est qu'ils n'ont pas 4 mais 9 enfants, de 4 a 20 ans ! Nous sommes presses de les rencontrer ! Mais notre telephone achete aux USA ne marche pas au Canada, eux n'en n'ont pas, pas d'internet non plus, on espere se croiser par hasard, on n'aura pas de mal a les reconnaitre !
Ce 12 juillet,
premier jour dans le parc commence bien : une floppee de mouflons broute l'herbe au bord de la route. Des meres avec leurs petits. Pas sauvages du tout ! Le pere reste plus loin. Nous
laissons la route principale pour prendre la route parrallele intitulee "Promenade de la vallee de la riviere Bow". Tout le long, des panneaux jalonnent la route pour parler des animaux, de
l'impact des incendies sur les forets,...Au pique-nique, Mailys n'est pas bien et vomit plusieurs fois. Elle n'avale rien ce qui est exceptionnel pour elle ! Je file installer les tentes au camping plus haut pour qu'elle puisse se reposer. Le lendemain, tout sera rentre dans l'ordre. Les cyclistes arrivent tot, Quentin et Juliette jouent le reste de l'apres midi a la riviere toute proche de notre emplacement.
Nous dinons dans la cabane-abri et invitons un cycliste solitaire a partager notre soupe, il ne fait pas tres chaud !
Le jour suivant, nous partons nous balader le long du
Johnston Canyon. Dans une vallee encaissee se succedent des cascades. C'est beau, mais humide. Nous sommes maintenant habitues a la pluie, mais quand meme, y'en a marre ! On vit dehors, on n'a pas
le choix, il faut faire avec !Nous rentrons au camping trempes et decidons de passer l'apres-midi aupres du poele a jouer aux cartes, au yathzee,... ca fait du bien de prendre une pause jeux avec les enfants ! C'est pas souvent !
Le soir, j'emmene les 2 grands au pre des mooses (elans), dans l'espoir d'en apercevoir. On en a vu plusieurs fois, mais toujours des femelles. On reve de voir un male avec ses grands bois majestueux. On marche sur le sentier et nous arretons a la lisiere de la foret. On attend mais rien ne vient. Juliette souhaite s'enfoncer un peu dans les bois, mais pas moi. Aucune envie de me trouver nez a nez avec un ours ! C'est qu'il y en a beaucoup par ici !
Nous rentrons au camp sans avoir rien vu...
La nuit est pluvieuse et pendant le petit-dej, nous faisons un feu dans le poele et accrochons les tentes tout pres pour les faire secher. C'est un exercice delicat car un seul mouvement de toile sur le poele et notre maison de nomade se trouverait percee.
A 11 heures, enfin, une eclaircie annonce le
depart des cyclistes, mais bien vite la pluie revient. Quentin fait la tete, mais Juliette a quand meme le sourire. Fred equipe les pieds des enfants de sacs plastiques, on pique-nique emmitoufles
dans nos cires. On croyait qu'il faisait 40 degres au Canada en juillet !En fin de journee, le ciel se degage enfin et l'on peut apercevoir les sommets enneiges. Le trio de cyclistes pedale 60 km jusqu'au camping "Mosquito Creek ", la riviere des moustiques, tout un programme ! Nous restons dans la vallee et il n'y a pas pour l'instant de col a passer. 60 km n'est donc pas un probleme pour les mollets des petits francais !
Nous nous installons la pour 3 nuits, car les 2 jours suivants, nous allons faire du canot sur les lacs Moraine et Louise, et randonner.
Nous nous endormons berces par le bruit de la riviere toute proche, sans avoir ete trop genes par les moustiques.
Au lac Moraine un peu plus au sud, le paysage est
grandiose, et l'on essaie de faire abstraction du flot de touristes. Nous marchons d'abord le long du lac, jusqu'a son extremite, ou un magnifique torrent s'ecoule pour alimenter en eau le plan
d'eau. Le lac Moraine a la particularite de certains lacs de la region : son eau est turquoise.Le lac est entoure de forets au nord, de sommets aux pentes caillouteuses au sud, et de sommets enneiges et glaciers a l'ouest. N'ayant pas vu de glaciers au parc...des glaciers, ils ont pratiquement tous disparus, nous sommes heureux de pouvoir les admirer ici en compagnie des enfants, sans etre certains que ceux-ci pourront les montrer a leurs propres enfants...le rechauffement climatique a un effet certain sur la fonte des glaces...
Dans l'apres-midi, nous retournons a la voiture preparer les canoes, ce n'est pas une mince affaire : sortir les cartons du fond du camion, le dos plie en 2, les etaler, les gonfler, fixer les sieges, monter les pagaies, equiper la famille en maillots de bain, cires et gilets de sauvetage, porter le materiel au bord de l'eau, cela prend un certain temps.
Alors que nous nous affairons, un jeune homme s'approche et m'accoste :" bonjour, je crois que vous avez correspondu avec ma mere sur Internet..." je reponds " la famille de Montreal !" ils sont la, nous ont reconnus grace a la petite affiche scotchee a la fenetre du camion ! Je suis Guillaume, le fils aine jusqu'a la camionnette familiale et fait la connaissance de Michele, la mere, le pilier de la famille, avec qui j'ai echange sur internet. Les enfants descendent petit a petit du camion et les presentations commencent : Guillaume, 20 ans, Jean-Christophe, 17, Louis-Philippe, 15, Raphael, 13, Marie-Michele et Marie-Pierre, 13 ans aussi, arrivees a 6 mois du Vietnam, puis Daniele, 11, Charles 9, et le petit-dernier, Marc-Antoine, 4 ans. Ca en fait du monde, et ca va en faire des copains pour nos 4 enfants !
Nous sommes tout de suite en phase et le courant passe tres bien. Nous comptons pedaler quelques jours ensemble. Ce soir, la famille va jusqu'a Calgary chercher Pierre, le pere qui arrive en avion pour un mois de vacances. Depuis mai, Michele pedale seule avec ses enfants ou presque : ils ont d'abord pedaler un mois dans l'est du Canada avec un ami belge, en portant tous leurs bagages. Puis ils ont pris l'avion, Michele et ses enfants, jusqu'a Vancouver a l'ouest pour pedaler dans cette region puis jusque Seattle aux USA. La, ils ont achete une camionnette 12 places en vue de la traversee du Canada d'ouest en est, trop longue a faire en velo et trop couteuse en train. Et les voila ! On prevoit de se retrouver au camping ou nous sommes installes le lendemain soir. Les enfants sont tout excites !
Pendant que nous papotions, le soleil que nous avions
eu le privilege d'avoir toute la journee s'est cache et il commence a pleuvoir ! Il en faut plus que ca pour arreter les Lacheray, et equipes des pieds a la tete contre la pluie, nous
traversons le lac, 3 dans chaque canoe. A fleur d'eau, la couleur semble encore plus ireelle, et le lac est encore plus beau. Le paysage est envoutant, surtout que l'heure tardive et la pluie
ont fait fuir les touristes en pantalons blancs et petites chaussures. Il ne reste que nous, le lac, les montagnes, et les glaciers.Colombe s'endort, assise dans le canoe, insensible a la pluie... Reve-t-elle de biches, de mouflons, de feux de camp ?
Notre Petite Plume (nous nous sommes donnes des noms indiens ) s'est maintenant parfaitement adaptee au voyage. D'ailleurs pour elle, ce n'est plus un voyage, c'est sa vie. Elle ne se souvient pas comme les aines de sa chambre, de ses jouets. Sa vie est ici, avec sa famille qu'elle suit sans se poser de questions. Bien-sur, nous lui parlons de la maison, du jardin, de la famille et de nos proches. Nous avons emporte un mini-album photo avec tout ca. Elle se souvient de ses grands-parents, de sa marraine "Boulangere" (Berengere ! ), et de son amie Mahault.
Elle sait qu'apres le voyage, elle va aller a l'ecole, comme Petit Ours Brun dont on a tant lu l'histoire. Elle aime lister tout ce qu'elle fera a l'ecole : jouer aux voitures, faire de la peinture... et des chamallows grilles ! C'est sa liste a elle ! Elle s'adaptera tres vite, nous ne sommes pas inquiets pour ca. Elle ne rale jamais de marcher sous la pluie, d'etre engoncee dans son gilet de sauvetage,de rester des heures dans la voiture,(elle est passionne de coloriage), des diners tardifs, et s'endort en 30 secondes le soir dans son duvet pour une nuit sans interruption. Elle est notre Madame sourire, notre batterie d'energie !
Le lendemain, nous allons au lac Louise, le plus connu de la region. C'est la copie du Lac Moraine, sauf que l'eau n'est pas bleue mais vert Provence. Le paysage est aussi exactement le meme, dispose de la meme facon : la foret d'un cote, les montagnes de l'autre, et a l'ouest, les glaciers. Le soleil est la, joie !
Ce qu'il y a en plus au Lac Louise, c'est un enorme hotel chic qui occupe tout un cote du paysage. Voir ce lac etait un de mes buts de ce voyage dans les Rocheuses, je l'avais imagine sauvage et solitaire... Ici, on se croirait a Zermatt en Suisse, tout est si propre aux abords de l'eau. Les touristes en tenue impeccable deambulent sur le sentier goudronne avec leurs enormes appareils photos et regardent d'un oeil bizarre cette famille francaise si etrangement habillee de vetements taches, de chaussures en fin de vie, qui prend son petit-dej, pots de confitures et de pain de mie etales, la sur un banc au soleil !
On est contents quand meme de ne pas etre seuls a un moment : une femme vient vers moi et me dit que mon canoe s'en va ! Fred avait attache sommairement les bateaux a quelques metres du depart de la riviere qui part du lac. Une attache n'a pas tenue, et le canoe, emporte par le courant faible d'abord, commence maintenant sa descente de riviere seul ! Je crie a Fred " le canot s'en va" et cours les pieds dans l'eau pour essayer de l'arreter. Rate. Fred bondit, court, et arrive pres du canoe, heureusement arrete plus bas par un amas de troncs tasse sur le torrent. On a eu chaud !
Enfin nous voila sur l'eau, un peu plus seuls que sur le bord. Je savoure cette traversee a laquelle j'ai tant revee. Je sais que je ne reviendrai probablement jamais ici. Ainsi sont les voyages lointains.
A l'autre bout du lac, nous accostons
sur une plage, les enfants jouent comme s'ils etaient sur n'importe quelle plage de France. Dans quelle mesure realisent-ils qu'ils sont a l'autre bout du monde par rapport a leur
village, et que faire des pates sur la plage du Lac Louise sous les glaciers suspendus n'est pas une chance donne a tous ? Pour eux aussi, maintenant, ces paysages font parti de leur
quotidien, et ils ne realisent pas toujours ce qu'il y a d'exceptionnel dans ce que nous voyons et vivons...Alors que nous pique-niquons en compagnie d'une famille de spermophiles a mante doree (c'est a dire des ecureuils miniatures a rayures ), qui voila sur le sentier au-dessus de notre tete : la famille de Montreal ! (les Dury, c'est leur nom.) On ne devait pas se revoir avant le soir, mais le hasard a encore fait croiser nos chemins !
Ils ont longe le lac a pieds, et une fois les canots bien cales, nous poursuivons avec eux le sentier qui maintenant grimpe sur le flanc des montagnes.
Tout en marchant, nous faisons la connaissance de Pierre, le papa maintenant en vacances.
Les enfants font davantage connaissance aussi. Quentin se lie d'amitie avec Raphael, Juliette avec Danielle. Charles, 9 ans, tombe sous le charme de Colombe, et toute la troupe grimpe sans meme sans rendre compte le sentier abrupte.
Observation de 2 marmottes, bataille de boules
de neige sur les neves... On est vraiment proches des glaciers maintenant, ca nous rappelle tant les Alpes, un paysage dont on ne se lasse pas. Quelques chutes de glace provoquent des cascades
de quelques minutes. Nous sommes presque en haute montagne...en nu pieds d'eau, necessaires pour le canot ! Mais le sentier est degage, nous n'avons pas a marcher dans la neige.Le chemin
continue beaucoup plus loin mais il faut nous resoudre a faire demi-tour : nous devons redescendre, retraverser le lac en canoe, tout degonfler,ranger, plier , tasser au cm pres
dans le camion pour qu'a la fin, ca ferme ! Au camping, nous passons une bonne soiree avec nos nouveaux amis, autour du poele. Les sujets de discussion ne manquent pas !
Le lendemain 17 juillet, ce ne sont plus 3 mais 14 personnes qui s'appretent a partir a velo !
Pierre descend de son camion les 4 velos fixes derriere, puis les 4 velos fixes devant, le reste est sur le toit, dont la charrette de Marc-Antoine tiree par Louis-Philippe, 15 ans, l'infatiguable.
Michele fait chauffer de l'eau sur le poele dans sa
grande marmite et on se shampouine au soleil, tout le monde ou presque y passe !Ca sent bon le bacon, les oeufs, les pancakes, un vrai petit dejeuner canadien se prepare dans la cabane ! L'ambiance est joviale, tout ca met du baume au coeur ! Avec tous ses grands qui l'aident beaucoup, Michele est TRES cool, et consacre une bonne partie de son temps a filmer tout son petit monde. La camera, c'est son truc !
Le depart est tardif, mais peu importe, il fait beau !
Pierre souhaite pedaler, mais il y a son camion ! Pendant les jours qui suivent, nous aurons donc l'organisation suivante : Pierre met son velo dans ma voiture. Puis nous nous rendons tous les 2 avec nos vehicules au camping du soir. Pierre y gare son camion puis monte avec moi, on repart vers le sud jusqu'a ce que l'on rejoigne la troupe. Pierre sort alors son velo et pedale. Ca me fait beaucoup de kilometres en plus ! Au retour, je fais un rapport aux cyclistes avides des difficultes et descentes qui les attendent pour la journee !
Jusqu'a Jasper, le paysage ne va jamais cesser d'etre magnifique.
Nous longeons le lac Bow, toujours de ce bleu
incroyable. Tandis que les cyclistes filent, j'y fais une pause avec Colombe, le temps de l'admirer. Mailys est sur le tandem avec Frederic qui l'a ressorti afin qu'elle soit avec le reste de la
troupe. Au lac Peyto, nous montons pique-niquer au point de vue. Il fait une douce chaleur qui fait chercher l'ombre a certains, ca nous rappelle que si si, c'est l'ete !Sur la route, tout baigne. La bande d'arret d'urgence permet a tous de pedaler tranquilles. Souvent, Quentin et Raphael sont en tete, et papotent. En quelques jours, Quentin apprend a pedaler sans tenir le guidon, pour le plus grand bonheur de sa mere... je prefere ne pas voir ca... !
Juliette trouve son rythme avec les jumelles, et Fred discute avec Pierre.
Michele, elle, s'organise pour filmer les sportifs, et tout ce petit monde finit par arriver au camping de Waterfowl Lakes.
2 emplacements cote a cote dans les bois, les enfants naviguent de l'un a l'autre. Pour aller aux sanitaires, on joue a Boucle d"or en essayant de trouver le bon chemin du premier coup. Avec Colombe, passionnee par ces batiments d'un interet que vous ne pouvez meme pas imaginer (systeme de verrou des portes a etudier, seche mains,... tout y passe ), j'y passe des heures et je commence a me lasser serieusement !
Il n'est pas tard et Fred a le courage de sortir un canoe pour que les interresses pagaient sur le lac du camping. Tous les enfants se baignent, des vraies vacances !
Le lendemain est le jour ou il faut passer le col
Sunwapta. Il y a bien eu un petit col la veille, mais c'etait de la rigolade.La traversee de la Saskatchewan River dans la matinee marque le point le plus bas de la journee. Apres ca, la montee
commence doucement. Un ours noir traverse la route, c'est un jeune. Les cyclistes doivent se tenir prets a deguerpir ! Les forets sont tellement denses et nombreuses ici qu'il est bien plus rare d'apercevoir un animal qu'au parc du Grand Teton par exemple ou il y a de nombreuses prairies.
A midi, toutes les filles et les jeunes garcons des Dury rangent leurs velos sur le camion que Michele conduit ce jour la pour ramasser ceux qui declarent forfait. Juliette et Quentin s'accrochent et continuent ! Mais en fin d'apres-midi, au bas de la grosse cote, presses de rejoindre leurs copains dans le camion, ils rendent les armes a leur tour ! Il ne reste plus grand monde en piste ! Les papas et quelques grands !
Peu apres le col, nous quittons le Parc Banff et entrons dans le parc de Jasper.
Au camping, nous squattons d'entree de jeu le
chalet-abri-semi-ouvert, faisons un feu dans le poele (on est a plus de 2000 metres et les soirees sont fraiches ! )Nous apprenons la crapette aux quebecois, et les plus jeunes jouent a cache cache dehors. Colombe joue avec eux, et c'est pas la derniere !
Une averse vient nous rappeller que l'ete a decide d'etre pourri, et on decide, apres le diner, de monter les tentes... dans l'abri. Il suffit de mettre tables et bancs dehors, ca rentre. Le poele, on le garde !Malgre l'altitude et le temps, les moustiques repondent presents, et la, pas de quartier ! Le reglement du parc ne precise pas que ces bestioles sont protegees ou en voie de disparition, on leur regle leur compte des qu'on le peut ! Mais leur nombre est encore supportable.
Le lundi 20, il y a 60 kilometres a parcourir. Nous nous les enfilons d'une traite avec Pierre pour poser son camion au camping du lac lune de miel. Tout un programme ! Pierre se demande s'il ne faut pas laisser son vehicule a mi chemin, mais je le persuade que non, ses filles sont tout a fait capables de faire toute la route !
Nous longeons la riviere Sunwapta qui descend vers le nord. Ce n'est pas pour autant que la route fait de meme. Il y a quelques longues cotes !
Chaque jour, un Dury creve. Aujourd'hui, c'est Danielle. De tout le voyage, cela ne nous est arrive que 2 fois. Ne sous estimez pas la qualite des pneus si vous preparez un tel voyage !
Je devance les cyclistes quand j'apercois un ours a 10
metres du bord de la route. Il ne s'interesse pas du tout aux velos qui arrivent petit a petit et c'est tant mieux ! Ils sont quand meme sur leurs gardes et prets a decamper ! Mais le
gros mamifere garde le nez enfoui dans les buissons en quete de baies sucrees. Ces animaux passent leurs journees a rechercher de la nourriture, affames apres l'hiver.Apres une pause aux chutes de la riviere, nous nous installons au bord du lac. Les enfants, apres une journee de velo sont pleins d'energie, on les entend rire de loin, ils s'entendent a merveille.
Quentin et Juliette ont la flemme de monter leur tente et s'installent seuls dans la cabane pour dormir. Quand j'entends un coyote hurler au milieu de la nuit, je ne suis pas tres rassuree, et tends l'oreille un long moment avant de me rendormir. Au petit matin, un autre animal pousse des cris vraiment etranges, que je n'arrive vraiment pas a identifier. Michele me dira plus tard que c'etait un canard, le huard. Comment un canard peut-il fait un cri aussi etrange et aussi fort ? On est bien loin du coin coin des canards de nos jardins publics !
Aujourd'hui mardi 21 juillet, c'est le dernier jour de
velo complet vers le nord. Ce soir, nous dormirons juste quelques kilometres avant Jasper. La journee est belle, et apres avoir reserve le camping du Wapiti avec Pierre, nous retrouvons le groupe
qui longe maintenant l'Athabasca River. Les montagnes sont toujours tout autour de nous mais plus pour longtemps, alors, on s'en met plein les yeux, conscients que bientot, le paysage ne sera plus
le meme.Tout le monde pedale bien, tout le monde s'amuse, le velo avec les copains, ca passe comme une lettre a la poste, personne ne rale ! Colombe rejoint meme Marc-Antoine dans sa charette pour papoter, et lui preter son epaule pour sa sieste...
Dans l'apres-midi, nous faisons une longue pause au lac du fer a cheval. Nous nous trouvons a une extremite du lac ce qui lui donne plutot un air de canyon corse ou de cenote mexicain vu sa couleur turquoise transparente de toute beaute ! L'eau est froide et tout le monde hesite a se baigner. Pourtant, il
fait chaud ! Je promets alors a toute personne qui se baigne un grand coca bien frais,
comme je l'ai deja fait dans les lacs de montagne corse ou de riviere alpine. Marie-Michele ne peut le croire, un coca bien frais ! Elle me fait repeter 5 fois que je tiendrai ma promesse ! Pour
encourager les plus grands, j'annonce que je peux remplacer le coca par une biere bien fraiche ! Et finalement, tout le monde ira a l'eau ! Sauf Michele, qui filme, et moi pour qui c'est bien trop
froid.Nous ne sommes pas seuls a profiter de cette oasis magnifique. Un peu plus loin, des jeunes font des sauts spectaculaires, seuls ou a 2, et un autre saute dans l'eau... sur son VTT ! On n'avait pas pense a ca malgre nos 12 velos qui attendent sur le parking !
Quentin s'entend bien avec tous les plus ages, et ca fait du bien de le voir rire et sourire. Un jour il nous dira : "c'est comme si j'avais plein de grands freres ". C'est sur qu'avec 3 soeurs, il est parfois en manque de copains pendant le voyage, et il a hate de retrouver ceux de France.
Nous resterions bien jusqu'a la nuit dans cet eden, mais il y a encore un peu a pedaler pour rejoindre le camping, avec douches. Pas fous, dans le dernier camping avant la ville, ils permettent aux gens de se decrasser avant le retour a la civilisation. C'est donc le programme pour la veillee. La baignade dans le lac n'a servi que de prelavage ! La derniere douche remonte aaaaaa, euh... je ne sais plus, et je prefere ne pas vous faire peur... (la reponse est dans le texte, lisez les pages precedentes ! )
Dans le camping, un wapiti se promene tranquillement.
On invite nos amis a venir prendre l'apero pour feter notre arrivee a Jasper. Pendant que les cyclistes pedalaient jusqu'au camping, j'ai rempli le caddie de coca et bieres "a la ville" ! Les arachides et les chips ne font pas long feu, et les boissons promises sont vite avalees ! On trinque a l'amitie !
22 juillet, photos de famille devant le panneau
Jasper. Une page va bientot se tourner pour nous. La route vers l'est que nous prendrons bientot nous rapprochera immanquablement du retour...La pause a Jasper nous permet de passer a la laverie, a la bibliotheque pour lire les mails et donner des nouvelles aux proches. Pour 3 dollars, on peut acheter un gros paquet de livres d'occasion, la bibliotheque fait du tri. Les enfants commencent a bien comprendre l'anglais, nous nous chargeons donc de livres simples pour la fin du voyage. Pique-nique a l'aire de jeux, puis tout le monde pedale jusqu'au camping suivant, a l'est de la ville, apres une pause baignade au lac Anette.
On ne peut pas quitter les Rocheuses comme ca !
Le lendemain, nous partons tous en voiture vers le sud jusqu'au lac Maligne. Canoe, baignade, peche (toujours infructueuse), et balade jusqu'au lac Moose, ou l'on voit... un moose (elan). Mais c'est encore une femelle sans bois donc...
Retour au camping de la veille et marchmallows autour du feu de camp. Michele et moi racontons des contes aux enfants. Les enfants s'invitent dans les tentes, et le lendemain matin, Quentin est invite au petit-dej des quebecois qui mangent bacon, oeufs, et...frites ! Voila de quoi bien demarrer la journee !
Comme on n'arrive pas a se quitter, nous revoila tous a la bibliotheque, au supermarche... la ville est petite, et l'on se croise jusqu'a midi. Mais apres avoir partage un gros bac de glace, il faut bien se faire nos au-revoir : les amis vont rouler jusqu'au sud de la Colombie Britannique pour pedaler la une semaine, ce n'est pas notre direction. Nous nous retrouverons de toutes facons autour du 20 aout chez eux avant l'aeroport...
Frederic se renseigne pour descendre la riviere Athabasca en canoe entre ici et la prochaine grosse ville, Hinton a l'est. C'est faisable et Fred recupere une carte.
Le jour suivant, Fred, Quentin et Juliette pedalent 60 kilometres pour sortir du parc. On leur avait annonce que ca
descendait puisqu'on quittait les montagnes, mais pas du tout ! Une
boite de glace au gouter requinque tout le monde, mais c'est juste avant la nuit que nous trouvons un jardin ou dormir au bord de la riviere Athabasca.Le lendemain, nous laissons velos et tentes chez nos hotes, et repartons en voiture dans le parc de Jasper au point de depart que l'on s'est fixe pour la descente de la riviere en canoe. Nous avons choisi les 35 km qui s'eloignent de la route pour ne pas avoir le bruit des voitures toute la journee dans les oreilles.
La riviere est pleine de bras, d'ilots, et la carte n'est pas tres claire. Mais on s'y retrouve et descendons doucement cette riviere dont le nom indien signifie "ou poussent les roseaux ".
A midi, nous stoppons sur une plage de sable noir ou les empruntes d'animaux sont tres nombreuses : castors, biches, elans, huards... mais aucun animal en vue. Comme d'hab, les enfants jouent dans le sable, et c'est cette plage que Colombe choisit pour dessiner son premier bonhomme, magnifique bien-sur !
Nous ne trainons pas car il y a encore
beaucoup a pagayer. Enfin nous arrivons au lac brule qu'il nous faut traverser. Une mauvaise surprise nous y attend : tout le cote sud est borde de dunes, et c'est la le terrain de jeu de tout un
groupe de motos et de quads ! Glourps ! On a bien fait de choisir le parcours loin de la route ! Plus on avance, plus ils nous suivent ! La, on est surs de ne voir aucun animal...L'orage s'annonce a l'ouest, bientot nous sommes cernes, le lac est sans fin et Fred est loin devant. Heureusement, je suis avec Quentin qui est efficace quand il pagaie !
Enfin on voit le bout du lac, et le retour a la riviere ou les efforts sont vraiment moindre !
La pluie arrive finalement sur nous, faible d'abord, puis de plus en plus fort ! Nous avons tous mis nos cires, mais de toutes facons, on est trempes ! C'est presque de la grele, l'orage gronde au-dessus de nos tetes, et les enfants chantent a tue-tete ! Pour Quentin, c'est un air d'opera sans parole, pour Juliette, la meme chose en plus aigu. Mailys, elle, invente un texte " quand je serai sous la douche, je tournerai le bouton du chaud jusqu'a ce que je ne puisse plus !" La malheureuse, aucune douche ne l'attend a l'arrivee ! Le tout dans les 2 canoes parralleles donne une belle cacophonie, mais je prefere ca aux larmes et aux ouin-ouin ! Colombe, elle, ne chante pas, elle se tait et se recroqueville pour essayer d'echapper a la pluie. Pauvre minette, elle est trempee !
Enfin nous arrivons ou nous
debarquons, a 50 metres de nos tentes. Fred porte seul les 2 canoes jusqu'a notre campement. Puis il s'en va faire du stop pour recuperer la voiture restee sur un parking du parc ! La journee n'est
pas finie ! Je m'installe dans le garage des gens pour cuire le diner. Ils ont la gentillesse de sortir pour nous dire qu'il va encore pleuvoir cette nuit, et que l'on peut si on veut dormir dans
le grand garage voisin. Alors ca, c'est gentil ! Tout ce que l'on veut, c'est dormir au sec ! Me voila a tout demenager lorsque la pluie se remet a tomber de plus belle, je cours en faisant des
voyages avec duvets et matelas, sacs d'habits et vaisselle !Enfin Fred arrive, avale son diner froid, et vite au lit, on a bien merite notre nuit de repos !
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Fred, plus courageux que moi
pour se lever se met tot a la tache : faire secher notre tente (celle des grands a passe la nuit dans le garage avec nous ), les canoes, les gilets de sauvetage, tout plier et tout ranger. Il
a bien plu cette nuit encore, le sol est tout detrempe.
Notre premiere pause pour dormir dans
un champ donne le ton : c'est tellement envahi de moustiques que c'est insupportable. On monte les tentes le plus rapidement possible, les enfants patientent dans la voiture. Puis on les fait
sortir, le temps de faire pipi, ils se prennent 3 piqures sur les fesses, puis ils s'engouffrent dans les tentes. Zip, zip. les fermetures eclair vont vite ! Heureusement, on avait dine avant
!
A la nuit tombante, nous demandons
l'hospitalite a une jeune femme qui nous dit de lui parler francais. Nous sommes encore loin du Quebec, mais elle nous explique qu'il y a dans cette region toute une population dont la langue
maternelle est le francais. Carine, cette jeune femme, est de passage chez sa mere avec son mari et son bebe Elisa si mignonne. On demande a pouvoir diner dans la maison, trop de moustiques dehors,
c'est a devenir dingue ! Comment font les gens qui habitent ici ?
Fred souhaite que la troupe pedale un
peu, le paysage est plaisant, vallone.
Ce vendredi 31 juillet, nous faisons
une pause : nous passons la journee au Fort William, cree en1816, au bord de la riviere. C'est la qu'arrivaient les gens de l'ouest avec peaux et fourrures, les gens de l'est, Montreal, avec des
denrees venues d'Europe. Le fort est occupe aujourd'hui par des gens habilles en costumes d'epoque. Il y a le forgeron, les fermiers, le boulanger,ceux qui fabriquent les canoes, des joueurs de
violon, de cornemuse, et une joyeuse equipe qui se met parfois a danser et chanter. Beaucoup sont historiquement des metis d'europeens et d'indiens, leurs vetements sont donc un melange de ceux des
2 cultures, c'est particulier.
On reprend la route et il pleut
presque toute la journee. Heureusement, les enfants sont calmes. On admire pendant 15 minutes une oursonne et son petit batifoller dans les buissons. C'est toujours aussi captivant, meme si on en a
deja vu plusieurs fois. Le soir, a Timmins, un couple de retraites nous offre son sous-sol amenage pour la nuit. Neil et Jeanine sont charmants. Nous discutons tout en faisant cuire nore diner dans
leur cuisine.
La pluie s'est arretee quand nous
arrivons au premier portage de 180 metres : un petit bout de terre entre 2 lacs nous oblige a vider les canoes de leur contenu, tout transporter sur le sentier, puis tout remettre a sa place
avant de naviguer a nouveau. C'est parti pour le demenagement ! Les enfants aident bien et gentiment, c'est deja ca. Colombe s'est endormie alors qu'on pagayait, elle n'est donc pas dans nos
pattes, c'est bien aussi ! On porte a 2 le canot de location, ( on a reveille Colombe qui marche a nos cotes ), et Fred porte seul nos 2 embarcations (une a la fois !) sur le dos, 25 kg
chacune.
Encore quelques coups de pagaie et
l'on arrive a un lieu de campement signale par un panneau visible de loin. Une plage, un emplacement pour le feu, et des sites degages pour les tentes. Nous voila tels des Robinsons, surtout
qu'avec le paysage et la vegetation dense, on se croirait parfois en milieu tropical. On arrive a trouver du bois sec pour le feu, on etend le linge sur les buissons pour qu'il seche, et on sort
enfin les habits chauds et secs. On dine a la nuit et couchons la troupe. Je reste seule dans le noir pour faire la vaisselle et tout ranger. Je ne suis pas rassuree de faire mes allers et retours
entre le lac ou je prends de l'eau dans la bassine, et le campement pourtant tout proche ou je lave les gamelles. J'aimerais pas me retourner et voir briller les yeux d'un ours !
Les orages se succedent dans le loin
puis se rapprochent. Bientot, c'est l'apocalypse, l'orage est au-dessus de notre tete, fait un boucan du diable, la il faut s'abriter. On trouve un rocher ou poser pieds, on se tasse, assis ou
accroupis sous la petite bache bleue, pendant que la pluie tambourine de plus belle,. Le temps passe et il commence a faire presque chaud la-dessous ! On est bien, les larmes ne coulent plus.
Pendant que nous approchons enfin de
la plage ou nous allons accoster et nous installer, une chose incroyable se produit : alors que tout est dans le gris, un rayon de soleil vient illuminer ce petit bout de terre. C'est une vision
vraiment magique, et ca rechauffe nos coeurs et nos corps !
Ce matin il fait beau. Il n'y a pas
trop de vent et il souffle de travers. Fred confectionne une voile avec 2 pagaies et une bache pour se faire plaisir et faire avancer son gros canot. Il en profite meme pour pecher a la traine : 2
mains sur la pagaie pour diriger et avancer, un pied pour tenir la voile, un oeil sur la canne a peche et l'autre sur la direction !
L'apres-midi est animee par le passage
de rapides et un portage pour eviter une petite chute d'eau.
On s'installe a une aire de campement
pour groupe, il y a de la place, et l'endroit est bien agreable. Quentin, toujours devant, est alle a l'autre campement, sur l'ile d'en face, et il lui faut pagayer 10 minutes pour nous
rejoindre.
Nous devons y retrouver nos amis
canadiens Harold et Penny. Lui est quebecois, elle est d'origine chinoise, nee en Afrique du Sud, arrivee au Canada a cause de l'apartheid quand elle avait 13 ans.
Le dimanche 9 juillet, nous rendons le
chalet, et suivons nos amis jusqu'a leur maison en banlieue Est d'ottawa ou nous allons rester quelques jours.
La visite de la ville est bien agreable.
Canaux, ecluses, rivieres, vieux batiments...Au point de vue sur la ville depuis le parlement, ce qui saute aux yeux, c'est le nombre d'espaces verts. On dirait vraiment la ville a la campagne. On
ne peut pas voir la meme chose en France, c'est bien dommage.
Nous nous rendons chez une amie de ma
tante qui était impatiente de nous accueillir. Mais n'ayant décidé que 2 jours auparavant de notre programme, nous avons fait des mails tardifs qui sont restés sans réponse. Nous tentons quand
même notre chance, et cherchons sa maison sur les hauteurs de la ville.
Le lendemain, une journée magnifique
s'annonce, tant mieux, nous allons visiter la ville de Québec.
Ce marché est donc un régal pour les
yeux et pour les papilles. Nous goutons les vins, les canneberges séchées (baies sauvages semblables à l'églantine), les fruits rouges...
Nous passons une bonne soirée avec nos
nouveaux amis et les enfants en pleine forme, heureux que l'on soit à nouveau tous réunis. C'est très chaleureux et ça fait chaud au coeur après ces nouvelles émotions !
La voie verte est une ancienne voie de
chemins de fer, et tout est fait pour le rappeler aux cyclistes : dans chaque village, l'ancienne gare est intacte, transformée en atelier de tissage, en salle d'exposition, en office de
tourisme ou en salle de repos pour les cyclistes. A chaque fois, à l'extérieur, des tables à pique-nique à l'ombre, un point d'eau, et des panneaux d'informations sur la vie du village au temps du
chemin de fer.
Dans une petite ville ou l'on
s'arrête pour la pause gouter, des enfants jouent dans les fontaines : des tas de jets d'eau sortent du sol. Nos enfants sont vite en maillot de bain. Ils passent un long moment à courir
et jouer avec les jets. Vu la chaleur, ça leur fait un bien fou ! Moi, je préfère la douche aménagée dans l'ancienne gare !
Après avoir longé de nombreuses petites
maisons aux terrains en pente, nous voilà devant un immense jardin plat, bordé d'arbres, avec en son milieu une maison et une haute haie. Ce serait bien dommage qu'avec une étendue d'herbe
pareille, ils nous refusent de planter la tente ! Nous avançons dans l'allée et annonçons notre requête qui est tout de suite acceptée. 1 minute plus tard, la propriétaire nous dit qu'on peut
aller se rafraichir dans la piscine ! On ne l'avait pas vue, cachée derrière la haie ! Mais le sourire est sur toutes les lèvres !
Je prends moi la 241 sur quelques
kilomètres et rejoint vite le carrefour convenu pour nous retrouver. Nous sommes en pleine campagne, et en attendant Fred, j'ai l'idée de chercher le jardin qui pourrait nous accueillir ce soir
pour notre dernière nuit de voyage. Demain, nous arriverons chez Michèle et Pierre Dury à l'est de Montréal.
Les cyclistes prennent la piste, et
moi la route. Rendez-vous à Granby. Les travaux et les routes barrées me font faire des détours et le stress revient : surtout, ne pas rater le rendez-vous !
Frédéric apporte son compteur le
sourire aux lèvres : Il affiche 3007 kilomètres ! La barre des 3000 que Fred espérait tant franchir est atteinte, le dernier jour !
Les 11 personnes qui constituent cette famille étonnante sont les rois de la
débrouille, et ils méritent que je parle un peu d'eux :
Nous faisons les sacs pour l'avion. Il
faut faire preuve d'ingéniosité pour que le nombre de bagages et de kilos par personne soit respecté ! Les vélos, les canoës, les gilets de sauvetage, les pagaies, le matériel de camping, tout,
nous remportons tout ! (sauf la glacière qui nous avait été donnée avec la voiture !) Les grands fils Dury et Pierre le papa sont d'une efficacité redoutable pour démonter un peu les
vélos et tout plastifier et protéger en un temps record. Nous comptons et nous pesons encore et encore le nombre de paquets, 12 pour 6 personnes plus les bagages à main, c'est bon !
Nous allons aussi au fort Chambly,
construit au bord de la rivière Richelieu. Il y a des animations particulières pour fêter les 400 ans du fort. Un camp de tentes est monté, et des gens en costume d'époque s'y baladent. Il y a
aussi des petits sketchs illustrant la vie d'antan. Et des tirs au canon bien-sûr !
Nous occupons 2 soirées à visionner 2
films où ont joué les enfants Dury, et même les parents en tant que figurants ! Le cinéma, c'est une histoire de famille !
La camionnette de Michèle est chargée, en route ! A l'aéroport, en lui disant au
revoir, nous quittons la dernière personne qui nous relie à cette terre...
Pendant qu'on règle l'enregistrement, Quentin fait un mini-reportage
à la famille derrière nous qui a 2 garçons de son âge. Je vois dans son visage un peu de fierté de raconter les 6 mois qu'il vient de vivre !
Quand les 4 chariots sont chargés des sacs, des cartons, de la
charrette et des vélos, nous avançons vers la sortie. Quentin qui pousse un chargement est le premier, trop pressé de voir ses grands-parents !
2 jours plus tard, en arrivant chez nous, ce sont des amis qui nous accueillent avec une
immense banderolle " bravo les Lacheray, bienvenue chez vous ! ", l'apéro, un brownie et de la Clairette de Die !