

Samedi 28 mars :
Manuel, le patron de la pension, nous escorte gentiement en moto jusqu'à la sortie de la ville pour nous mettre sur la bonne route. Aux revoirs affectueux, puis avant de s'attaquer à la
montée, Marie déraille et bloque la chaîne entre les plateaux !
Apparemment, toutes les villes de montagne ici sont encaissées dans une cuvette. C'est le cas d'Ocosingo, comme celui de San Cristobal. Nous commençons donc par 3 km de côte. Mais cette
fois, c'est sûr, il y a une descente derrière ! Nous empruntons une voie rapide avec bande d'arrêt d'urgence que nous utilisons.
Au programme, 60 km dont 45 de descente !
Avant de s'attaquer à la pente, nous briffons les enfants sur quelques consignes de sécurité : l'usage des freins avant et arrière en alternance pour ne pas faire chauffer les jantes et faire
éclater les pneus, distances de sécurité, maintien du guidon, ne pas se retourner en pleine vitesse, passage sur les vitesses adaptées ; nous attaquons, et faisons des arrêts
réguliers.
L'air est un peu frais, mais qu'importe ! Quel bonheur de voir les km défiler aussi vite sur le compteur sans fournir le moindre effort ! Après tous ceux qui ont été fournis, c'est
jubilatoire ! Il y a un léger vent de face, et tant mieux, cela nous empêche de prendre trop de vitesse. Je redoute la chute d'un enfant roulant à vive allure et n'ose imaginer les conséquences.
Je suis Juliette qui-ouf!- laisse ses 2 mains sur le guidon. Habituellement, elle se gratte le dos, regarde l'heure sur son compteur, règle son rétro... !
Nous sommes du côté amont, et de l'autre côté, le vide ! 1400 m de dénivelé jusqu'à la vallée en bas, qui apparaît bien aride.
Toute la matinée, nous descendons, et avec la perte de l'altitude, l'air se réchauffe, de plus en plus ! Bientôt, nous sommes comme dans un four ! Nous ne prenons pas le temps de nous
couvrir de crème solaire, et pendant la dernière heure de vélo, nous cuisons comme de vulgaires rôtis.
Nous nous arrêtons à Chiapas de Corzo, on ne peut pas aller plus bas : nous sommes au bord de l'eau, à l'entrée du Canyon del Sumidero.
On s'apprête à pique-niquer assis dans la poussière, mais une dame nous apporte une table et des chaises, de son mini resto.
On mange, et pas une parole ne sort de nos bouches : on est complètement sonnés par autant de chaleur, bien que nous soyons à l'ombre, il va falloir faire avec maintenant, jusqu'au Pacifique
!
Nous prévoyons de faire une balade en lancha ( grande barque) sur la rivière, mais nous attendons que le soleil baisse un peu.
A 15 h, on embarque avec des mexicains, c'est samedi, c'est la sortie, et un couple d'européens qui embarque avec eux 2 grosses valises sorties de leur coffre, d'aucune utilité dans
ce bateau ! Je me demande bien ce qu'elles contiennent pour faire partie du voyage.
Le bâteau à moteur avance à pleine vitesse sur le rio Grijalva, et après que nous soyons passés sous un grand pont haut au-dessus de notre tête, les montagnes se ressèrent et nous entrons
dans le canyon.
Le bateautape sur les vagues, c'est un peu tape-cul. Colombe adore ça, elle rigole beaucoup.
Notre guide ralentit et stoppe près de la rive : un crocodile qui se confond dans le paysage se fait dorer au soleil sur la mini plage de galets. Il ne bouge pas d'une dent. Puis
nous apercevons toute une famille de singes-araignées qui passent d'un arbre à un autre tels des acrobates. Ils sont noirs et blancs, ils se distinguent donc bien dans le
feuillage.
Nous avançons à l'ombre, grâce aux parois du canyon qui bientôt atteignent 1000m de haut. Les rochers sont couverts d'arbres et d'arbustes, mais tout est très sec, c'est la saison
sèche. Sur la rive, les aigrettes tordent leur cou gracile, et les rapaces planent au-dessus de nous.
Pendant la saison des pluies, les cascades abondent, mais aujourd'hui, pas une goutte ne ruisselle. Nous admirons tout de même une formation impressionnante : l'Arbol de Navidad (l'arbre de Noël
) : une cascade qui ressemble à un gigantesque sapin de roche moussue.
Le canyon fait 25 km de long jusqu'au barrage Manuel Moreno Torres. L'aller-retour nous prend 2 heures.
Avant de rentrer au point de départ, nous apercevons un autre crocodile aussi endormi que le premier.
A côté du ponton, Fred a repéré un coin d'herbe juste assez grand pour planter nos 2 tentes. Mais mon regard se porte sur l'embarquadère même qui m'a l'air parfait pour nous accueillir :
c'est un espace dallé couvert d'un toit en tôle ondulé où le gardien distribue et récupère les gilets de sauvetage. Cet homme accepte que l'on s'installe pour la nuit. En attendant que les
dernières barques rentrent, les enfants s'installent pour faire leur heure de classe ou leur carnet de bord.
Quand les derniers visiteurs sont passés, on installe matelas et duvets en rang d'oignons comme d'hab, juste devant la rivière. Pas besoin de planter la tente. On aime bien car on gagne du temps
le matin. Le cadre est chouette, très calme, c'est appréciable. C'est samedi et l'on espère qu'aucune fête trop bruyante ne viendra polluer ce silence si rare.
Quentin et Juliette se baignent dans la rivière une fois la nuit tombée, cela fera office de bain. Nous nous contenterons d'une toilette de chat au robinet.
Le gardien a branché sa pompe pour avoir l'eau de la rivière au bout de son tuyau, et c'est parti pour le grand ménage des dalles, des sanitaires (on n'a jamais vu aussi propre ! ) et
même de la route. Ca le passionne, ça dure des heures, même quand il fait nuit, peu importe. Et quand il revient à 5 h 30 pour attaquer sa journée de boulot alors que nous dormons
profondément, il remet ça : la pompe, le tuyau, le balai, on est vraiment dans un pays de gens qui sont nocturnes et diurnes ! Dommage, aucun coq, aucun chien n'avait troublé notre
sommeil jusque là !
Au petit jour, lorsque j'ouvre les yeux, je n'en reviens pas : il y a des nuages, plein de nuages ! Chouette, on va pouvoir pédaler sans griller !
Quentin lit déjà dans son duvet. Vite, il s'en extirpe et court sur le ponton avec son matériel de pêche. En quelques minutes, les filles le rejoignent. Bientôt, victoire, Quentin
attrape un tout petit poisson, juste avec son fil et du pain en appât. Il espère que c'est le premier d'une longue série ! Maïlys le remet à l'eau, puis vite, vite on range tout pour avoir une
chance de pédaler sous une température correcte ( moins de 35 degrés).
Mais quand on démarre, zut, les nuages ont filé !
Nous sortons de Chiapa de Corzo, puis il nous faut presque la journée pour traverser d'est en ouest Tuxtla Gutierrez, une ville sans aucun intérêt. C'est dimanche, il n'y a donc pas
trop de circulation, mais bien assez pour nous qui détestons traverser les villes en vélo.
Pendant près d'une heure, nous sommes escortés par un groupe de cyclistes pro aux maillots multicolores. Tout en pédalant à nos côtés, ils nous interrogent sur notre présence ici. Puis
disparaissent.
Enfin, dans l'après-midi, nous abordons la côte qui nous permet de sortir de Tuxtla.
Un choix trop rapide nous fait prendre la mauvaise route et nous emmène sur un petit détour. Zut !
Nous nous arrêtons à Berriozabal et nous payons une glace pour le goûter. Nous reprenons nos petites reines et nos yeux cherchent un endroit susceptible de nous accueillir pour la
nuit. C'est une petite ville, et il va nous falloir frapper à une porte. La première tentative est la bonne : un jeune couple qui attend des jumeaux et loge chez la grand-mère nous
accueille avec le sourire. Nous discutons 5 minutes sur le trottoir, en présence de la voisine qui nous propose aussi de nous héberger. Finalement, pour contenter tout le monde, nous
proposons de dîner chez la voisine ! Pas de problème, notre hôte est d'accord !
Une fois les vélos dans le garage, tout le monde passe à la douche dans une vraie salle de bain. On fait une petite lessive dans le lavabo. Quand enfin vient mon tour (Marie), plus une goutte
quand je suis couverte de savon ! Fred se renseigne : les cuves sont vides ! Si on avait su, on n'aurait pas fait de lessive ! Au bout d'un quart d'heure, j'obtiens un fond
de seau d'eau froide pour me rincer !
Le dîner chez la voisine Veronika est très agréable. Elle a très envie de communiquer avec nous.
Elle dispose sur la table des tas de plats remplis de mets différents : elle vient de cuisiner pour sa semaine, tout est là. On pioche dans les spaghetti au fromage, les pâtes aux oeufs durs ou
la purée de pois avec du poulet.
Sitôt leur assiette avalée, les enfants filent devant la télé dans la pièce voisine rejoindre les 3 enfants de Veronika.
Nous parlons voyage, Veronika a des projets de pédaler un jour en Espagne ou en Italie, en vélo. C'est encore flou.
On lui demande comment est la route le lendemain, ça monte, puis ça descend dit-elle. Elle a un mini bus et a très envie de nous emmener un bout de chemin avec notre matériel dans son van. OK
pour la côte.
Avant que nous partions nous coucher, elle nous offre des cadeaux à l'effigie de sa boîte : gourde, briquets... et elle me noue au poignet un ruban où est passé un petit bijou couleur argent où
est représenté un ange. Elle explique qu'il va veiller sur moi, et que le jour où le ruban cèdera, c'est que je n'aurai plus besoin de lui...
Quand tout est chargé le lendemain, on démarre. La côte dure quelques km, puis nous entamons une lonnnngue descente ! Avec bande d'arrêt d'urgence en plus ! Je m'énerve en français :
qu'est-ce qu'on fout là dedans si ça descend ? La discussion dure un peu et Veronika comprend le malaise exprimé dans notre langue.
A regret car elle voudrait nous emmener plus loin, elle dit qu'elle s'arrête quand on veut. Alors c'est là. Sur une route toute droite, moche, et étroite que nous réenfourchons nos
montures.
Aux revoirs à Veronika qui pense nous croiser le soir quand elle rentrera chez elle.
On fait 2 km et on décide d'aller saluer les enfants de l'école primaire devant laquelle nous passons. Il n'y a pas beaucoup de maisons alentours, pas de village, les enfants
doivent venir de la campagne environnante.
Il est 11 heures, c'est la pause déjeuner. En effet, tout est décalé puisque dans cette école, les cours commencent à 7 heures. Les enfants en uniforme bleu ciel et bleu marine se regroupent
autour de nous, et nous sommes très bien accueillis par les instituteurs. A l'ombre dans la cour, nous expliquons le voyage, les adultes posent des questions sur le matériel, les enfants qui
pédalent.
Pour le repas, les niños (enfants) font deux fois la queue :
- une fois pour le verre de lait et le plat chaud : une femme a cuisiné sous la palapa (paillote au toit de branches de palme ) le plat de base : purée de pois qui ressemble
fort à une purée de lentilles, riz et tortilla ( galette ronde de maïs ), le tout servi dans une assiette en plastique, sans couvert. Les enfants vont s'asseoir dans l´herbe pour déjeuner,
puis mettent la vaisselle sale dans une grande bassine. Ce plat est subventionné par l'état dans les écoles où les familles ont peu de moyens financiers,
- une autre fois pour s'acheter une douceur sucrée ou salée à la petite boutique tenue par des élèves : sucettes au chili, pop-corn, biscuits apéro à la sauce piquante,
chewing-gum, biscuit au chocolat... la liste est longue !
Chaque enfant a sa pièce de 50 centimes ou 1 peso, et c'est la bousculade ! Rien n'est imposé, les enfants peuvent commencer par les bonbons ou par le plat chaud !
Nos enfants ne veulent pas du plat traditionnel qui leur est gentiment proposé. Par contre, ils réclament la pièce pour se payer une friandise ! petit bonheur que d'acheter seul sa
petite douceur !
Nous rentrons dans une classe où le professeur nous explique que l'Espagne fournit et loue aux deux classes aînées des retro-projecteurs et des ordinateurs.
Il est temps de laisser les instituteurs déjeuner, adios à gauche, adios à droite, même Colombe salue de petits "adios" les élèves, et nous reprenons la route.
Après quelques kilomètres, nous nous trouvons à l'embranchement d'une piste qui mène à une cascade dont Veronika nous a parlée. Le panneau annonce 3 km. Il nous faut cogiter :
depuis le début, les cascades où nous nous rafraîchissons avec bonheur sont au bout d'une lonnnnnngue descente... qu'il faut bien-sûr remonter.
Courte réflexion, et puis ce serait trop bête de rater ça, on y va !
La piste longe un ranch de vaches et de chevaux. Un mexicain habillé en cow-boy s'occupe des bêtes.
Dans la végétation en fouillis, quelques cactus apparaissent.
Au bout de deux kilomètres, la piste commence à descendre, je mets tous mes sens en alerte pour voir la suite. 500 mètres plus loin, le paysage se révèle : nous sommes sur la crête d'un
canyon, magnifique ma foi, et à la profondeur inestimable...
Je préviens Fred tout de suite : je ne descendrai pas au fond de ce trou et sur cette piste difficile en vélo ! Ça sera impossible à remonter, à moins d'y consacrer une journée, et puis
on a presque plus rien à manger, et puis si ça se trouve, c'est nul, en tous cas, c'est pas fréquenté par les cars de touristes, il n'y a pas âme qui vive à l'horizon.
Enfin, je pique ma petite crise quoi !
On décide de laisser les vélos sur le côté de la piste, et de continuer à pied avec le pique-nique et les maillots de bain. Deux virages plus loin, nous arrivons au péage de la
cascade Aguacero : un bar local, c'est à dire une palapa où on peut boire un coca à l'ombre et acheter des oranges, des sanitaires (si, si, c'est très important, vous verrez pour
la suite) , et une dame qui nous demande gentiment de payer pour continuer à descendre. Soit. A peine avons-nous mis le pied sur la première marche, que le monsieur nous annonce
728 marches pour descendre jusqu'à la cascade... Pardon, j'ai pas bien compris, vous pouvez répéter ?!!!!!!!!
Le truc que vous ne savez pas encore, c'est que j'ai une rougeur sous le genou gauche et jusqu'à la cheville, et que c'est douloureux. On pense que c'est un échauffement musculaire, mais en fait
on n'en sait rien. Je m'énerve encore un petit coup, laisse passer Fred et les enfants devant, sauf Colombe qui est comme aimantée à moi depuis le début du voyage, et qui rapidement se
retrouve dans mes bras pour cette descente vertigineuse. Nous croisons un groupe d'étudiants qui remonte complètement essoufflés et mouillés de transpiration, et ma colère se transforme en larmes
jusqu'à ce que j'arrive en bas. En fait, j'ai peur pour ma jambe que cette descente et la remontée lui soient fatales et qu'ensuite, je ne sois plus capable de pédaler tout
simplement.
De plus, depuis le début du voyage, je dors très mal ( décalage horaire,chiens, coqs, camions, fêtes bruyantes ont souvent perturbés nos nuits, ainsi que Colombe qui dort à
côté de moi et que je dois plusieurs fois par nuit remettre sur son matelas). Je cumule donc de la fatigue, et après le pique-nique au bord de l'eau, je m'écroule pour une petite
sieste.
Je peux ensuite profiter du paysage que le reste de la famille a déjà exploré.
Nous sommes au fond d'un canyon où coule une rivière et où s'engouffre un vent vraiment chaud. De la falaise, à différents endroits, et dans une végétation luxuriante descendent de
magnifiques cascades, qui viennent grossir le cours d'eau pas bien gros mais dont le courant est étrangement puissant.
Notre Robinson Quentin est dans son élément, cours et grimpe partout, explore comme un naufragé découvre une île salvatrice. Juliette ne le quitte pas d'une semelle ou presque. Fred
m'indique un endroit qu'il a repéré où l'eau est vraiment chaude. Et c'est vrai, en amont des cascades dont l'eau froide rafraîchit la rivière,toute la famille se plonge dans des bassins
exceptionnellement chauds pour un cours d'eau presque en permanence à l'ombre vu la hauteur des falaises.
Ce bain dans ce cadre sauvage me remet les idées en place, et je suis prête pour affronter la remontée. Fred se charge de Colombe, qui à l'exception des premières marches, remonte tout à la seule
force de ses petits mollets musclés !
Une fois en haut, il est 16 h 30, nous nous payons un coca et des oranges bien juteuses, c'est bon à n'importe quelle heure de la journée.
Vu l´heure, on ne va pas se mettre à la recherche d'un village pour la nuit. On discute donc avec le gardien : on aimerait dormir au ranch, on lui demande ce qu'il en pense. Il dit que le soir,
les hommes s'en vont. Et nous propose de dormir là, sous la palapa, au bord de ce canyon majestueux. L'idée nous plaît, et nous acceptons à la plus grande joie des enfants qui partent aussitôt à
la recherche de bois mort pour le feu qui nous servira à faire la popote ce soir.
L'homme a quelques
produits en stock, et nous lui achetons du pain de mie, des fruits, et le reste de son beau morceau de steak qui cuisait quelques temps auparavant sur la grille et sur lequel Fred louchait d'un
oeil envieux !
L'homme propose de descendre nos vélos restés plus haut, dans son pick-up. La pente est trop raide pour les enfants qui obligatoirement se casseraient la figure en voulant freiner leurs
montures chargées. Nous montons donc tous dans la benne du véhicule, et trois virages plus haut, nous chargeons les vélos des enfants, qui, ravis, restent dans la voiture pour
redescendre au campement. Fred et moi sommes sur nos vélos et nous abusons de nos freins qui couinent .
Vite, avant la nuit, Fred et moi montons les tentes pendant que les enfants font leur heure quotidienne de travail scolaire, sur les tables en plastique.
Les 3 femmes présentes avec 2 enfants font la vaisselle, les comptes de la journée, rangent leur abri. On se demande qui elles sont par rapport à l'homme ? On a du mal à leur donner un
âge. La plus vieille allaite le petit...
Puis toute la troupe nous laisse et nous voilà seuls dans ce décor unique.
Quentin et Juliette préparent une veillée avec application, et nous ne serons pas déçus : nous sommes accueillis par un air de fifre, la flûte traversière en plastique de Juliette qui improvise
pour l'occasion. Puis Quentin a écrit des vers qu'il lit, et Juliette mime très simplement des gestes que lui évoque la lecture. Ensuite, les rôles sont inversés, puis Quentin lance un
jeu calme pour que tout le monde aille se coucher. Chapeau.
Nous n'avons pas beaucoup pédalé aujourd'hui, 15 km tout au plus, mais qu'importe. Nous avons échangé avec des écoliers, découvert un endroit magnifique dont nous étions
les seuls à profiter, nous avons rencontré des mexicains qui avaient comme seul but de nous aider, en toute simplicité, avec le peu qu'ils possédaient, nous avons passé une soirée
magique avec nos enfants sous le ciel étoilé, et dormi sans qu'aucun bruit nuisible vienne troubler notre sommeil.
Mardi 31 mars 09 (mauvaise journée) :
Après un café chauffé sur les braises rallumées, l'éco-garde de la cascade nous remonte en pick-up jusqu'à la route.
Nous roulons d'abord un peu en petite montagne, ça monte et ça descend, et c'est rempli de camions qui nous doublent en klaxonnant ou en lachant une grosse fumée noire, berk ! Nous sommes
sur une route en travaux, d'autres tronçons neufs sont ammenés à être ouverts. Dans la descente, on croirait rouler au milieu d'une carrière tellement c'est poussièreux !
Nos petits cyclistes avancent comme s'ils étaient sur une jolie route de Provence, sans broncher, sans se plaindre de ces monstres qui les doublent et de tout ce qu'on avale comme
cochonneries ! Ils ne font pas le poids par rapport à tout ça et je suis tendue, je redoute l'accident : si un camion accrochait un enfant, il volerait comme un fétus de paille ...
Nous roulons ensuite sur une route droite au milieu d'un paysage ressemblant à la savane : grands arbres et herbe jaunie. C'est sans cesse "up and down", ça monte et ça descend.
La non-visibilité de
ce qui arrive en face derrière la bosse ne gêne nullement les 4 roues qui nous doublent sur la voie de gauche malgré la double ligne jaune. Quelques mots pas très jolis s'échappent de ma
bouche, je suis en colère contre ces monstres qui frôlent mes petits cocos ou qui ne tiennent pas compte déux dans leur comportement !
Sur l´heure du midi, nous avons bien roulé et atteignons, fatigués, la ville de Cintalapa. Nous descendons vers le centre ville et recherchons une plage au bord d'une rivière, mais la
rivière est à sec et nous nous arrêtons sur la grande place ombragée aux nombreux bancs ou flanent petits et grands, cow-boys et étudiantes, qui craquent devant Colombe. Souvent, on nous
demande : niño o niña ? C'est drôle, beaucoup de gens la prennent pour un garçon. On dit alors qu'elle s'appelle Paloma, Chiquita Paloma, et Colombe commence à répondre quand on l'appelle de
cette manière !
En arrivant sur la place, on a juste envie de s'assoir, de manger, et de boire. Mais un journaliste et un photographe nous interpellent, commencent à poser des questions. Je dis à Fred de leur
dire qu'on est crevés, que les enfants veulent juste manger, puis je pars à pied dans la rue toute proche et fais 4 petits magasin pour acheter de quoi faire le pique-nique. Je m'arrête dans une
rôtisserie de poulets, qui coûtent 48 pesos pièce. Je donne un billet de 50 pesos à la dame qui n'a pas de monnaie. Pour me rembourser, elle me dit de choisir 4 bonbons dans son bocal ! Les
bonbons sont en vente partout au Mexique, les gens consomment beaucoup de sucreries. Plus tard, quand on goûte les bonbons, on les crache aussitôt, ils sont dégoutants !
En milieu d'après-midi nous repartons car nous ne souhaitons pas rester ici et souhaitons avancer un peu.
La route ne comporte toujours pas de bande d'arrêt d'urgence et il y a du trafic.
C'est pénible et dangereux, on en a marre, ça nous met à cran.
En haut d'une côte, lors d'un arrêt pour tous se regrouper, dans le caniveau sur le côté de la route, nous décidons d'arrêter de pédaler, de chercher un abri pour la nuit et un moyen de transport
pour demain afin de poursuivre la route vers le Pacifique.
Le tandem et Quentin repartent en premier car Colombe refuse de monter dans la charrette et Juliette, comme souvent, reste avec Marie.
100m plus loin de l'autre côté de la route il a un ranch plutôt sympathique et bien tenu contrairement à ce que l'on voit habituellement.
Fred traverse la route avec le tandem et recommande à Quentin, qui est un peu plus loin, de bien regarder avant de traverser.
Quentin regarde bien dans son rétro les véhicules qui arrivent derrière lui, ..... mais pas devant !
En coupant la route, une voiture à faible allure percute l'arrière de son vélo. Ils sont projetés en l'air et retombent dans l'herbe sur le côté.
Enorme frayeur de Fred qui voit toute la scène, mais heureusement Quentin se relève en criant de peur et de mal. Fred l'attrape dans ses bras et court affolé. Le conducteur vient prendre des
nouvelles, mais Fred lui fait comprendre de partir s'il ne veut pas se prendre un coup de poing dans la figure.
Quentin marche, et n'a que des égratignures aux jambes et aux bras.
Plus tard, de nombreux bleus apparaîtront, les plus gros sur les fesses, ainsi qu'une douleur en haut de sa jambe droite quand il veut la plier.
Marie et Juliette arrivent alors. On vous passe les cris et pleurs affolés de la mère. Juliette va libérer Mailys qui retient toujours le tandem que Fred avait laché précipitamment, et
Marie soigne les égratignures de Quentin qui a demandé à s'allonger sur un matelas. Quand Marie lui demande si il se sent bien, il dit " je veux dormir, juste dormir..." Marie le surveille de
prêt !
Maïlys réalise sans doute la situation et pleure aussi...
Un attroupement s'est formé tout de suite et les gens nous proposent leur aide. Ils sont d'une gentillesse extrême, nous rassurent, nous disent que notre fils n'a rien de grave,
et font des grandes tapes aux épaules de Fred quand celui-ci craque à son tour en réalisant la chance qu'on a eu, l'horreur qu'on a évitée.
Rapidement après, sans qu'on n'ait rien eu à faire, la police et une ambulance arrivent. Un ambulancier fait un bilan de santé de Quentin. Il pense qu'il n'a rien de cassé, mais propose, par
précaution, de l'emmener à l'hôpital faire un chek-up.
Tout le monde nous propose de nous héberger, de nous faire à manger, de mettre les vélos dans son pick-up, et de nous emmener chez lui. Que de gentillesse...
Nous cogitons sur la meilleure solution et choisissons de rester avec les policiers qui peuvent communiquer entre eux afin que les 2 groupes de la famille se retrouvent facilement
!
Finalement, Fred ( il parle espagnol) accompagne Quentin dans l'ambulance jusqu'à l'hôpital de Cintalapa que nous avons quittée il y a peu, où le médecin fait faire une radio pour
confirmer qu'il n'y a pas de fracture. Il lui fait une piqûre anti-douleur, nous donne des médicaments.
Pendant ce temps,les policiers chargent les vélos et les affaires dans leurs 2 picks-up, et emmènent Marie et les filles dans les bâtiments de la protection civile, un peu avant la
ville. Ils nous offrent des bouteilles d'eau, Marie reprend ses esprits. Rapidement, ils me passent Fred sur une radio qui me dit qu'ils sont déjà pris en charge.
Rapidement, un homme me demande où je vais dormir... c'est une bonne question... !
Il me propose le dortoir et sanitaires des pompiers, avec cuisinière et frigo s'il vous plaît, j'accepte bien-sûr, je n'ai pas le choix et suis ravie de la proposition.Plus tard, il envoie
ses hommes se coucher dans le mobile home voisin.
Alors que le soleil décline, qui voilà déjà ?!!! Frederic et notre Quentin tout blessé mais entier ! Quelle bonne surprise, je ne m'attendais à les revoir que dans la matinée.
En faisant un gros calin à notre fiston, je remercie tous ceux que je peux remercier : le Bon Dieu, la providence, notre bonne étoile, et le petit ange que je porte au poignet depuis hier...
Quentin est claqué
et se couche tout de suite dans un grand lit. Il se relèvera tout de même pour le dîner.
Après le repas, Fred redresse le porte-bagages du vélo de Quentin pour remettre d'aplomb son vélo.
Dans l'accident, la voiture a percuté les sacoches arrières qui ont jouées le rôle d'amortisseur. Heureusement, car sinon c'était Quentin qui prenait tout !
Bref, Quentin l'a échappé belle, nous avons eu une grosse frayeur, et c'est sûr, nous ne roulerons plus dans ces conditions et au Mexique.
Le lendemain, les pompiers nous transportent jusqu'à l'état voisin (l'équivalent du département). Nous retraversons des montagnes, où tout est très sec. Les hommes nous déposent à la sortie de la
petite ville de Tehuantepec. Je cours acheter des bières pour les remercier avant qu'ils ne repartent dans l'autre sens.
Pendant qu nous essayons de faire du stop pour aller plus loin, les enfants travaillent. Des pick-up et des camions énormes passent devant nous chargés de mangues, de tonnes de mangues, et
laissent une odeur bien plus agréable que celle des pots d'échappements !
Le stop ne marche pas, les voitures qui veulent bien s'arrêter ne vont pas bien loin. Quentin a déchiré une feuille du cahier de brouillon qu'il me tend : il y a écrit en rouge et en
gros : " alto" , ce qui veut dire stop en espagnol.
A midi, nous nous installons dans la gargote voisine qui vend aussi des...mangues, et commandons à manger. La dame sort son perroquet de la cage et le met sur l'épaule de Quentin.
Finalement, c'est en
bus que nous rejoignons Salina Cruz, petite ville sale et polluée au bord du Pacifique que nous ne voyons même pas, toujours des collines.
Sur les trottoirs sales et bruyants, les enfants mangent leur boite repas du Mr Burger du coin, pendant que Fred cherche un petit hotel.
Ouf, il en trouve un un peu à l'écart du bruit. Nous poussons les vélos dont les guidons ont été tournés pour le bus, et profitons de la douche chaude, du savon et des vraies serviettes de
toilette avant de nous écrouler en têtes-bêches sur les lits afin qu'un maximum de personnes puisse profiter des deux grands lits de la pièce!
Le lendemain, bus et taxi pour Quentin nous mènent à Zipolite, petite station balnéaire au bord du Pacifique, à 3 km de Puerto Angel, à environ 400 km au sud d'Acapulco. Nous avons
décidé de nous poser quelques jours afin de profiter de l'océan, de nous remettre de nos émotions et laisser le temps à Quentin de soigner ses blessures.
Marie aussi a besoin de repos car les rougeurs apparues quelques temps auparavant sous le genou se sont étendues sur tout le bas de la jambe, et la cheville commence à enfler...
...............!